Bon, parlons peu, parlons bien. Les classiques du genre vous ressortiront toujours les mêmes huit sentiers, photographiés sous leur plus bel angle, filtrés, lissés. Et moi-même, quand j'ai commencé à m'intéresser sérieusement à la randonnée longue distance il y a une dizaine d'années, je suis tombé dans le panneau. Je voulais « l'expérience ultime », le trek qui change une vie, celui qu'on coche sur une liste.
Sauf que la réalité du terrain, elle, ne ressemble pas à un fil Instagram. Elle sent la sueur, la boue, et parfois le renoncement. J'ai appris à mes dépens que la « plus belle randonnée du monde » n'existe pas en soi. Il existe des randonnées adaptées à votre niveau, à votre budget, à votre tolérance à la foule et à votre capacité à dormir dans un dortoir de dix personnes. Et c'est de ça dont je veux parler ici.
Points clés à retenir
- La célébrité d'un sentier rime souvent avec affluence : prévoyez vos réservations des mois à l'avance, ce n'est pas une option.
- La difficulté d'un trek ne se mesure pas qu'en kilomètres. Le dénivelé, l'altitude et la logistique pèsent bien plus lourd dans la balance.
- Les quotas et permis sont devenus la norme sur les itinéraires mythiques : sans eux, vous ne passerez pas la porte d'entrée.
- Il existe des alternatives crédibles, tout aussi spectaculaires, qui vous éviteront de marcher en file indienne.
- Votre préparation physique doit être spécifique : marcher en ville ne prépare pas à huit heures de montée avec un sac de quinze kilos.
Les randonnées mythiques : entre fantasme et réalité du terrain
Le Chemin de l'Inca, le camp de base de l'Everest, le GR20… Ces noms claquent comme des promesses. Et ils les tiennent, en grande partie. Mais ce qu'on oublie de vous dire, c'est que ces sentiers sont devenus des monuments touristiques à part entière, avec leur lot de files d'attente, de règles strictes et de surprises logistiques.
Prenons le Chemin de l'Inca, par exemple. Tout le monde connaît les ruines du Machu Picchu. Le chemin lui-même, c'est une autre histoire. Une vraie aventure, oui, mais une aventure encadrée. La randonnée la plus célèbre d'Amérique du Sud est soumise à des quotas stricts. On ne compte pas les places ; on les rationne. Si vous n'avez pas réservé votre place auprès d'un opérateur agréé plusieurs mois à l'avance, disons six à huit mois, votre projet tombe à l'eau. Et la saison humide, de novembre à mars, transforme le sentier en glissade permanente. J'y ai perdu un bâton de marche, avalé par une coulée de boue. N’oubliez pas ça.
L'altitude, ce faux ami
Le camp de base de l'Everest, ou plus précisément le camp de base sud au Népal, c'est autre chose. Ce n'est pas une randonnée technique, mais c'est une épreuve d'altitude. Le mal aigu des montagnes ne prévient pas. Vous pouvez être en excellente forme physique et vous retrouver cloué au lit à 4 000 mètres avec un mal de tête à vous faire pleurer. Je l'ai vu arriver à un compagnon de route, un sportif accompli, qui a dû faire demi-tour à Lobuche. Il avait sous-estimé l'effet de l'altitude sur son sommeil. La règle d'or, c'est de monter lentement, très lentement, et d'écouter son corps. Zéro héroïsme.
Le GR20 et la Corse sauvage
Restons en Europe. Le GR20, en Corse, est souvent présenté comme le trek le plus difficile d'Europe. Je ne dirais pas le contraire. C'est un enchaînement de montées et de descentes raides, sur un terrain très minéral. On ne marche pas sur un chemin de terre battue ; on escalade, on pose les mains, on cherche ses appuis. Les randonneurs expérimentés mettent environ quinze jours à le boucler. Les autres, ceux qui pensent que « c'est qu'une randonnée », abandonnent souvent dès le deuxième jour, épuisés par les 1 500 mètres de dénivelé positif accumulés sur une seule étape. Ce n'est pas une promenade de santé, c'est une confrontation avec la montagne dans ce qu'elle a de plus brut.
Ce qui rend une randonnée vraiment célèbre (et ce que ça change pour vous)
La célébrité d'un sentier ne vient pas du hasard. Elle est construite par des images iconiques, des récits d'explorateurs et une accessibilité relative. Mais cette notoriété a un prix direct : le nombre de marcheurs. Et ça, ça change tout.
Prenons le Sentier des Appalaches, aux États-Unis. Les puristes vous parleront de ses 3 500 kilomètres et de ses six mois de marche. Les gens plus réalistes, comme moi, vous diront que c'est une expérience de vie, mais qu'il faut aimer les longues semaines de solitude relative et la gestion d'une logistique complexe. Il y a des sections où l'on croise plus d'ours que de randonneurs, d'autres où l'on marche en file indienne avec des dizaines d'autres marcheurs. Le « trail » a sa propre culture, ses propres règles, et il faut s'y plier. Ce n'est pas une simple randonnée ; c'est un mode de vie temporaire.
La question des permis et des quotas
Et puis il y a la question des permis. De plus en plus de sentiers de renom, pour préserver l'environnement et l'expérience, limitent le nombre d'entrées. C'est le cas de certains parcs nationaux américains, comme le parc des Glaciers au Montana, mais aussi de sentiers en Europe. On ne peut plus simplement arriver avec son sac et son envie de marcher. Il faut planifier, réserver, parfois payer des frais d'entrée. C'est une contrainte, mais c'est aussi une garantie de ne pas marcher dans un couloir de métro. Le paradoxe est là : la célébrité d'un lieu crée la nécessité de le protéger de sa propre popularité.
Comment choisir LA randonnée qui vous correspond vraiment ?
Alors, comment ne pas se tromper ? Comment éviter de choisir un trek uniquement parce qu'il est célèbre, alors qu'un autre correspondrait mieux à vos envies ?
La durée idéale pour une première expérience ailleurs que dans sa région
Pour une première grande expérience, si vous n'avez jamais fait de trek itinérant, je vous déconseille fortement les monstres de trois semaines. Visez une durée de cinq à sept jours. C'est suffisant pour vous immerger, pour vivre la vie du marcheur, mais assez court pour ne pas vous épuiser mentalement. Une erreur que j'ai commise, c'est de vouloir en faire trop, trop vite. J'ai enchaîné les étapes comme pour un marathon. Le résultat ? Un arrêt forcé de deux jours pour cause de tendinite et une frustration immense. On marche pour le plaisir, pas pour battre un record.
Les alternatives moins connues mais tout aussi spectaculaires
C'est peut-être le point le plus important de cet article, et celui que je veux vous laisser. La célébrité d'un sentier ne garantit pas sa supériorité. Elle garantit souvent juste le contraire : plus de monde, plus de règles, plus de coûts.
Pour ceux qui cherchent l'aventure sans la foule, il existe des alternatives crédibles. Les Highlands d'Islande, par exemple, avec leurs paysages lunaires et leurs rivières à traverser, offrent une expérience unique, loin des sentiers battus. Moins de marcheurs, mais des conditions météo qui exigent un vrai respect. De même, certaines vallées reculées de l'Himalaya indien, comme la vallée de Spiti, proposent des treks spectaculaires à des altitudes élevées, sans la logistique lourde du côté népalais. Et en Europe, sans aller chercher bien loin, le Parc national des Écrins en France ou le Sentier des Douaniers en Bretagne offrent des randonnées de plusieurs jours, magnifiques, avec une fréquentation bien moindre que le Mont-Blanc ou le GR20.
Franchement, la plus belle randonnée du monde, c'est celle qui vous laisse un souvenir impérissable, pas celle qui a le plus de vues sur YouTube. J'ai marché sur des sentiers célèbres, j'ai été impressionné. Mais mon meilleur souvenir de marche reste une étape de six heures, sous une pluie fine, dans une vallée du Mercantour où je n'ai croisé personne de la journée. Le vent, l'odeur des mélèzes, le silence. Ça, aucun classement ne peut vous le vendre.
La vraie question, ce n'est pas « quel est le trek le plus célèbre du monde ? ». C'est « quelle est l'expérience de marche qui me rendra heureux, à mon niveau, avec mes envies ? ». Et c'est une question que vous seul pouvez répondre. Prenez une carte, regardez les courbes de niveau, renseignez-vous sur la météo, et osez sortir des sentiers très fréquentés. Vous pourriez être surpris par ce que vous trouverez.